Mortelle Randonnée…

Destruction Babies de Tetsuya Mariko (2016)

trio

Critique (spoilers modérés): qu’est-ce qui pousse Taira, ce jeune homme bestial qui sans raison, sans motivation particulière frappe, brutalise et cogne tous ceux qui ont le malheur de croiser son chemin? Une apparente absence de réponse ou d’analyse a parfois amené des critiques fort négatives pour le film, présenté et dénoncé comme un simple exercice de style mettant en scène de la violence gratuite.

D’autres a contrario -et j’en suis- voient là une oeuvre forte à la mise en scène millimétrée qui laisse au spectateur le choix entre une et plusieurs explications quant aux racines du mal…

Tourné dans le paisible port de Mitsuhama tout près de la très jolie ville de Matsuyama (île de Shikoku) le film offre le récit d’une mortelle randonnée qui démarre en solo et se termine en trio destructeur. Dès les premières images, on comprend que ça ne va pas être de tout repos.

Le jeune frère de Taira, Shota (Nijiro Murakami), s’apprête à prendre le bac pour rentrer chez lui et depuis l’autre rive, il voit Taira en mauvaise posture, agressé et tabassé par une bande locale. Il ne le reverra plus car celui-ci prend la fuite et se dirige vers la ville…

Poster 2

Là, commence son odyssée de violence et de destruction. Il s’en prend à tout le monde, de simples passants, un petit groupe de lycéens qui se moquaient de lui, jusqu’aux Yakuza qui ont bien du mal à le maîtriser. Il faut dire que le bougre sait non seulement frapper, il a également une incroyable capacité à encaisser et à se relever pour à nouveau se battre et combattre, encore et encore.

Les scènes de bagarre et d’affrontement physique sans armes à feu ni couteaux sont d’un rare réalisme, on entend les coups qui claquent, les os qui craquent, une bande son aux guitares saturées et discordantes vient ajouter à la sueur, celle qui imprègne votre dos car vous êtes littéralement collé au dossier de votre fauteuil.

Yuya Yagira – le jeune adolescent du Nobody Knows de Kore Eda, c’était lui – livre une remarquable performance physique et athlétique. Peu, très peu de dialogues mais outre les scènes de violence, ses mimiques, regards et expressions façonnent le portrait angoissant d’un authentique psychopathe.

Destruction-Babies-poster

En chemin, il rencontre Yuya qui de prime abord a tout du jeune homme éduqué et de bonne famille. Magistralement interprété par Masaki Suda, Yuya est de loin le personnage le plus antipathique de cette sombre histoire.

Fasciné par la puissance de Taira, il se glisse dans son sillage et donne libre cours à sa propre violence, comme si la présence de cet être quasi invincible lui procurait l’impunité. Lâche et veule, il va dépasser son ‘maître’ dans l’abject. Taira ne frappe pas les femmes, Yuya, frustré et misogyne ne s’en prive pas.

Parmi ses victimes, une certaine Nana (Nana Komatsu) une call-girl, qui se trouvait au mauvais moment et au mauvais endroit. Kidnappée, giflée, battue et violentée, son personnage donne l’occasion au spectateur de verser dans l’empathie… mais ça ne dure pas, les victimes peuvent tout à fait devenir des bourreaux et elle va le montrer dans une scène d’anthologie d’une rare intensité.

Imperceptiblement le film est alors très clairement devenu un road movie, au sens propre puisque c’est en voiture que le trio va poursuivre son périple, et l’hyper violence, telle la grande boucle finale d’une spirale va atteindre son paroxysme.

La, les causes de tout cela? Le film offre des pistes mais ne tranche pas, ne juge pas, au spectateur de poursuivre et de théoriser. Le beau-père de Taira est un être frustre, peu aimant et brutal, Yuya ressemble fort à ces nombreux ados désœuvrés qu’une étincelle, un incident, suffisent à transformer en petits salopards.

Et enfin, surtout, il y a cette fascination morbide du monde moderne pour la violence, relayée et amplifiée par les médias et le metteur en scène ne s’est pas privé d’insister sur cet aspect des choses. Est-il si surprenant que certains actes se réalisent si leurs auteurs intègrent -consciemment ou non- qu’ils seront l’objet de toutes les attentions médiatiques et qu’ils généreront du …buzz dit-on?

Le film est assurément un film d’auteur et difficilement un choix pour passer une soirée de cinéma agréable et détendue  mais c’est une oeuvre fascinante, au rythme soutenu, avec une mise en scène rigoureuse et des acteurs efficaces et convaincants. 4 sur 5.


Bande annonce (subs en anglais)

Film distribué en Europe par Third Window


  • Et Nana? (Spoilers massifs)

Comme dans Hero Mania, Nana Komatsu assure un second rôle mais dans Destruction Babies sa présence à l’écran est bien plus consistante tant en quantité (temps) qu’en qualité (performance).

D’emblée, le personnage de Nana n’est pas des plus sympathiques, son passe temps favori est le vol à l’étalage et elle travaille de nuit comme ‘hôtesse’ dans un bar tenu par les Yakuza. A la manière dont elle s’adresse à l’une de ses collègues, chinoise, on comprend également qu’elle est au mieux très hautaine, au pire, franchement raciste.

Son personnage et son rôle montent en puissance dans la deuxième partie du film et c’est avec deux meurtres que la victime devient à son tour bourreau, perdant comme les autres toute son humanité. Qui aurait pu croire que la douce héroïne de Kurosaki Kun ou My Tomorrow, Your Yesterday pouvait se muer en une véritable furie?

Le jeu de Nana Komatsu est très ‘old school’, en général et contrairement à beaucoup de jeunes acteurs/actrices, asiatiques ou non, elle en fait rarement des tonnes. Son style à la fois sobre et subtil repose beaucoup sur la voix et le regard. A cela vient s’ajouter cette étonnante faculté à enclencher un authentique turbo émotionnel, passant en quelques secondes d’un calme frisant la passivité à une explosion de rage invraisemblable.

En une scène, elle vole la vedette à tout le monde et de nombreux critiques n’ont pas manqué de souligner la puissance de son jeu.

Une de ses meilleures prestations sur grand écran. Nana Komatsu n’hésite pas à prendre des risques, à casser son image et à s’essayer à tous les styles, je trouve ça remarquable et riche de promesses…

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