Le pavillon des fous

La trappe s’ouvre, la corde se tend…immobile, une cagoule noire sur la tête, Hidemaru Kajiki est toujours vivant, son exécution a échoué. La colonne brisée et en fauteuil roulant, il échoue dans le pavillon psychiatrique d’un hôpital de la préfecture de Nagano. Les autorités, confrontées à un flou voire un vide juridique n’ont pas trouvé d’autre solution pour se débarrasser de lui.

Sur un coup de sang, Hide a tué sa femme et l’amant de celle-ci avec un couteau, puis, dans la foulée il a étranglé sa propre mère, alitée et grabataire. Les autres patients n’en savent rien et voient en lui un homme doux et serviable qui passe son temps à fabriquer pots et vases dans un cabanon dédié qui sert d’atelier.

Hidemaru s’entend particulièrement bien avec Chu, un jeune homme très lucide mais qui a parfois des accès de panique dûs à des hallucinations auditives et aussi avec la jeune Yuki, une lycéenne sur laquelle il veille comme si elle était sa propre fille. Cette dernière, triste, suicidaire et comme murée dans le silence cache un très lourd secret.

Autour des trois têtes d’affiche, le metteur en scène Hideyuki Hirayama (Sword of desperation, Everest-the summit of the gods) a réuni un superbe casting de seconds rôles, épaulés par de vrais patients, Hirayama ayant obtenu les autorisations nécessaires pour filmer dans l’enceinte du Kougen Hospital à Komoro. 

Basé sur le roman ‘Heisa Byoutou’ de Hosei Hahakigi le film a d’ailleurs une valeur quasi documentaire, le quotidien des patients et des soignants y est méticuleusement dépeint sans toutefois sombrer dans le clinique, avec sensibilité. Les soins, les repas, ateliers, fêtes et cérémonies diverses, tout ce petit monde vit dans une relative harmonie parfois rompue par les éclats violents de Shigemune (Kiyohiko Shibukawa) une brute qui n’a pas forcément sa place dans une telle institution. 

Ce qui frappe également c’est l’absence des familles, certains s’en inventent, d’autres en ont mais s’en passeraient bien, la plupart des patients ne semblent avoir aucun lien avec l’extérieur. Le ‘dehors’, Hide, Chu, Yuki et un quatrième comparse sont autorisés à l’explorer un peu pour faire quelques emplettes et y affronter le regard des autres, les gens normaux. 

Le script est simple, l’ensemble, dépourvu de twists spectaculaires ou d’effets spéciaux, a un déroulement linéaire et suit tranquillement le temps chronologique, seuls quelques flashbacks font l’objet de changements de teinte, de décor et de lumière. Un seul événement va rompre l’équilibre et donner au film un caractère résolument tragique.

Closed Ward doit beaucoup à la qualité de l’interprétation: le vétéran Tsurube Shofukutei (Hide) campe son personnage avec sa verve et sa truculence habituelles, Go Ayano (Chu) alterne entre subtilité et éclats puissants.

Nana Komatsu (Yuki), quant à elle, offre une brillante illustration du jeu ‘old school’, le plus souvent enfermée dans une souffrance muette pendant les trois quarts du film, elle est centrée et concentrée sur l’attitude et l’expression jusqu’au final, poignant et tout en verbe. L’actrice, prix d’excellence (nomination) aux derniers Japanese Academy Awards et lauréate des Hochi Awards a été fort justement récompensée.

S’il n’a pas la portée et la puissance d’autres films ayant pour décor et objet l’institution psychiatrique (Vol au dessus d’un nid de coucous, Girl Interrupted…) Closed Ward/Family of Strangers n’en demeure pas moins un joli film à la fois réaliste et attachant. 

NB: Closed Ward/Family of Strangers a été présenté en France en novembre et décembre derniers, dans le cadre de la 14ème édition du Festival du cinéma japonais contemporain Kinotayo.



Liens utiles (japonais): Site Officiel Closed Ward (Twitter) – Closed Ward (Insta)

Fiche AsianWiki (casting complet): Closed Ward/Family of Strangers

2 commentaires sur « Le pavillon des fous »

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