Le pavillon des fous

La trappe s’ouvre, la corde se tend…immobile, une cagoule noire sur la tête, Hidemaru Kajiki est toujours vivant, son exécution a échoué. La colonne brisée et en fauteuil roulant, il échoue dans le pavillon psychiatrique d’un hôpital de la préfecture de Nagano. Les autorités, confrontées à un flou voire un vide juridique n’ont pas trouvé d’autre solution pour se débarrasser de lui.

Sur un coup de sang, Hide a tué sa femme et l’amant de celle-ci avec un couteau, puis, dans la foulée il a étranglé sa propre mère, alitée et grabataire. Les autres patients n’en savent rien et voient en lui un homme doux et serviable qui passe son temps à fabriquer pots et vases dans un cabanon dédié qui sert d’atelier.

Hidemaru s’entend particulièrement bien avec Chu, un jeune homme très lucide mais qui a parfois des accès de panique dûs à des hallucinations auditives et aussi avec la jeune Yuki, une lycéenne sur laquelle il veille comme si elle était sa propre fille. Cette dernière, triste, suicidaire et comme murée dans le silence cache un très lourd secret.

Autour des trois têtes d’affiche, le metteur en scène Hideyuki Hirayama (Sword of desperation, Everest-the summit of the gods) a réuni un superbe casting de seconds rôles, épaulés par de vrais patients, Hirayama ayant obtenu les autorisations nécessaires pour filmer dans l’enceinte du Kougen Hospital à Komoro. 

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Kanako, le venin

Dans toutes les religions, le diable, le démon, les diverses incarnations ou représentations du Mal, ont tous quelque chose en commun: la conscience du mal qu’ils font. Ce n’est pas le cas de Kanako, une adolescente dénuée de tout sens moral, de remords, sans aucune notion du bien et du mal.

Policier déchu, mari violent et alcoolique, Showa Fujishima (l’excellent Koji Yakusho) part à la recherche de sa fille, à la demande de son ex-femme. Kanako a disparu et la quête du père dans des milieux interlopes devient une descente aux enfers. En découvrant peu à peu le monstre qu’est sa fille, il sera révélé à lui-même. Non seulement ils sont du même sang mais c’est un événement bien précis qui a ôté à Alice/Kanako son innocence et l’a précipitée dans un puits sans fond.

Kanako n’est en fait qu’une représentation, un condensé des pires tares adolescentes. Le mal qu’elle génére, les souffrances qu’elle inflige aux autres ou plutôt qu’elle fait infliger aux autres, en parfaite manipulatrice, tout cela elle le fait simplement parce qu’elle peut le faire et parce que c’est ‘fun’, rien d’autre ! Comme le lui dit une enseignante, elle n’est qu’une ‘coquille vide’ qui ressemble étrangement à ceux et celles de la rubrique faits divers.

Si l’on met bout à bout la somme mensuelle de ces faits divers qui égaient les journaux, les pays soit-disant développés et civilisés sont des fabriques constantes de l’immonde : meurtres gratuits pour une cigarette refusée ou un regard, SDFs tabassés voire brûlés vifs, copines entraînant leur ‘meilleure amie’ (sic) dans une cave pour que des salopards la violent, tortures d’animaux, le tout filmé et posté sur Internet, c’est ‘fun’…

La réalité est en fait bien pire que la fiction, même passée au moule nihiliste de Tetsuya Nakashima. Dans sa fable noire et pessimiste, il n’épargne guère les adultes, suggérant ainsi que si des jeunes gens sont ce qu’ils sont et font ce qu’ils font, c’est qu’ils ont été à ‘bonne école’.

Au bout du compte, autant partir du fait que le monde dans lequel nous vivons est bien celui de Kanako, en l’acceptant on sait à quoi s’attendre et au final, on ne peut avoir que de bonnes surprises.

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Famille et épouvante

Retour sur Kuru/It comes, un film de Tetsuya Nakashima (2018) avec Haru Kuroki (Kana), Satoshi Tsumabuki (Hideki), Nana Komatsu (Makoto), Junichi Okada (Nozaki) et Takako Matsu (Kotoko). Billet signé Hervé Lacrampe, confrère, ami et blogmestre de AA (Asie, Architecture…) avec son aimable autorisation bien sûr.


Tetsuya Nakashima n’est peut être pas encore très connu du grand public occidental mais au Japon et dans les festivals ses films font mouche. De Souvenirs de Matsuko à The World of Kanako en passant par Confessions, son style s’est affirmé : coloré, déjanté, parfois psychédélique mais aussi noir, clinique. Au travers d’histoires originales ou tirées de manga, romans, il offre des films coup de poing autour de la vengeance (Confessions), de drames humains (Souvenirs de Matsuko), de manipulation (The World of Kanako) magnifiés par un montage d’orfèvre et un sous texte riche. C’est avec beaucoup de curiosité et d’attente que son nouveau film Kuru a été appréhendé. 

Hideki est un homme à qui tout sourit. Dans son travail, il réussit et fait l’admiration de ses collègues et amis. Son mariage avec Kana a été somptueux et leur jeune nouveau-née le comble. Preuve de ce bonheur, son blog qu’il tient quotidiennement et qu’il nourrit de sa vie de jeune papa. Mais les apparences cachent de lourds secrets. Et quand une force étrange remontant du passé jette le trouble dans la vie d’Hideki, celui-ci sombre peu à peu dans la peur. Le couple semble au bord de l’effondrement alors que des événement surnaturels menacent leur fille. 

Kuru c’est d’abord l’intrusion de Nakashima dans le genre horrifique car comme l’indiquent les bandes annonces et la première scène du film, nous allons plonger dans l’épouvante. Mais pas à la mode Hollywood (malgré ce que peut laisser supposer le titre anglais du film It Comes). Nous sommes totalement dans un univers asiatique où la menace est longtemps suggérée : des ombres, des regards, des sons. L’ensemble est teinté de shintoïsme, de spiritualité. Mais à la différence de nombreux films d’horreurs japonais, Nakashima y rajoute sa touche.

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A cause de Kanako…

Naissance du blog, premier post, il y a deux ans…

N.K.

Kanako

A l’automne 2014, j’attendais avec impatience le dernier opus du réalisateur japonais Tetsuya Nakashima: 乾き/The world of Kanako. Nakashima m’avait enthousiasmé avec des oeuvres sidérantes telles que Memories of Matsuko ou Confessions, et avec le casting annoncé (Koji Yakusho, Miki Nakatani, Joe Odagiri…) je me disais que le film s’annonçait prometteur.

Je suis sorti éreinté de la séance, un tourbillon, des phases d’accélération qui laissent à peine le temps de digérer l’information, un déluge graphique et une descente infernale dans les recoins les plus sombres de l’âme humaine. Pour avoir vu le film quatre fois, je suis formel, c’est l’oeuvre cinématographique la plus misanthrope qu’il m’ait été donné de voir. Et il y avait Kanako…

Une certaine Nana Komatsu? Quoi? Comme le personnage de manga? Une recherche rapide me permettait alors d’apprendre qu’elle était une jeune mannequin et que c’était là son premier rôle dans un long métrage…

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