A cause de Kanako…

Naissance du blog, premier post, il y a deux ans…

N.K.

Kanako

A l’automne 2014, j’attendais avec impatience le dernier opus du réalisateur japonais Tetsuya Nakashima: 乾き/The world of Kanako. Nakashima m’avait enthousiasmé avec des oeuvres sidérantes telles que Memories of Matsuko ou Confessions, et avec le casting annoncé (Koji Yakusho, Miki Nakatani, Joe Odagiri…) je me disais que le film s’annonçait prometteur.

Je suis sorti éreinté de la séance, un tourbillon, des phases d’accélération qui laissent à peine le temps de digérer l’information, un déluge graphique et une descente infernale dans les recoins les plus sombres de l’âme humaine. Pour avoir vu le film quatre fois, je suis formel, c’est l’oeuvre cinématographique la plus misanthrope qu’il m’ait été donné de voir. Et il y avait Kanako…

Une certaine Nana Komatsu? Quoi? Comme le personnage de manga? Une recherche rapide me permettait alors d’apprendre qu’elle était une jeune mannequin et que c’était là son premier rôle dans un long métrage…

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La Course de l’Honneur

Article publié par un ‘confrère’, agrégé d’histoire et passionné par le cinéma. Posté sur cette page avec l’aimable autorisation de l’auteur, Hervé Lacrampe, webmestre du blog AAA: Asie, Architecture, Actualités.


1855, deux années déjà que le Commodore Perry a abordé les côtes japonaises et contraint le Shogun à abandonner sa politique de fermeture aux étrangers. Une période de profonds bouleversements commence, conduisant les dirigeants à  choisir entre tradition et modernité. Une thématique riche qui a souvent inspiré les cinéastes japonais et occidentaux (Le dernier samouraïKenshin le vagabond).

Bernard Rose, réalisateur à la carrière éclectique -de Candyman à Anna Karenine– s’empare d’une histoire vraie, la naissance du marathon dans le Japon des grands seigneurs pour nous livrer une jolie oeuvre à cheval entre le film de samouraïs et la comédie.

L’histoire nous place dans la seigneurie d’Annaka dirigée par le seigneur Katsuakira Itakura. Celui-ci voit d’un mauvais oeil l’arrivée des étrangers sur les côtes japonaises et le pacte signé entre eux et le Shogun. Pour ce seigneur de l’ancien temps pétri d’honneur, c’est le signe que les samouraïs se sont affaiblis et ont perdu de leur force. Il décide de mobiliser tous les guerriers de son fief et d’organiser un marathon pour les entraîner et renforcer la discipline.

Mais cette course inquiète son vassal le jeune Jinnai Karasawa et espion au service du shogun. Dès l’ordre de mobilisation, il informe son supérieur de ce qu’il estime être un début de rébellion. Découvrant son erreur, l’agent se retrouve confronté à un dilemme : servir le shogun et laisser des assassins éliminer le seigneur ou défendre celui qu’il a injustement accusé. 

La première grande qualité du film concerne ses décors. Il est en effet entièrement tourné en décor réel, au  Nord-Ouest du Japon, dans des paysages de montagnes, de rivières, de rizières magnifiques. Non seulement le choix des lieux est superbe mais il est rehaussé par une lumière, une photographie qui magnifient chaque plan. On ne rappellera jamais assez la plus-value de ces prises d’image en décor réel par rapport au tournage en studio sur fonds verts. Tout fait réel: l’ambiance, l’humidité, la difficulté de la course dans des conditions dantesques. Les acteurs sont extrêmement crédibles dans toutes les séquences de course parce qu’ils ont réellement souffert.

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Dernière chanson, pour la route

Un homme seul, un sans abri, l’air hagard… à son cou une pancarte sommaire: ‘massage – 10 minutes – 100 yens‘. Une femme d’âge mûr s’assied sur la chaise posée devant l’homme, il lui masse les épaules. Dans la ruelle sombre, Haru (Mugi Kadowaki) observe la scène, comme subjuguée. Plutôt introvertie, peu bavarde, celle qui écrit les chansons du duo indé HaruReo puise son inspiration dans sa vie personnelle mais aussi dans ces instants pas très roses du quotidien.

Akihiko Shiota (Harmful Insect, Dororo, Yomigaeri) fait voyager le spectateur dans un Japon très éloigné du glamour et du fun. HaruReo est un duo de filles qui jouent des balades folk et dans le monde de la J-pop et des idoles, ça n’attire pas des foules immenses. Que ce soit dans une grande cité comme Osaka ou dans une petite ville de province, c’est un petit pub ou bar de quartier qui accueille les musiciennes, payées en cash dès la fin d’un concert qui a attiré les curieux d’un soir et quelques fans.

Le succès est là pourtant, à défaut de promo massive, le bouche à oreilles fonctionne et des fans elles en ont, ils vont se montrer plus nombreux tandis que le dénouement approche. C’est la tournée d’adieux! Le spectateur l’apprend avant leur public et à défaut de connaître le motif exact de cette séparation, dès les premiers dialogues, dès les premiers regards, on comprend vite que la relation entre les deux jeunes femmes est au plus mal, l’atmosphère est pour le moins tendue.

Haru a rencontré Reo (Nana Komatsu) au travail, dans une blanchisserie industrielle, et l’a initiée à la musique. Si Reo chante de douces balades avec sa complice, elle a tout de la rockeuse version sombre et trash. Entière, impétueuse, maussade et agressive, elle semble être perpétuellement en quête de quelque chose ou de quelqu’un. Entre les deux jeunes artistes, il y a Shima (Ryo Narita), à la fois manager et roadie qui gère au mieux et encaisse les coups, au sens figuré comme au sens propre.

C’est presque toujours lui qui conduit le splendide SUV noir qui transporte le trio et leur matériel dans un voyage déprimant de petites salles en petites salles. Contraste saisissant que ce véhicule luxueux avec le statut, fort modeste, du duo dans le monde du show business.

Farewell Song est justement un film de contrastes, opposition entre la légèreté de la musique, des paysages et l’ambiance glauque, voire violente des coulisses, contraste aussi entre les bons côtés de la ‘vie d’artiste’ et l’absurdité, le désagréable de certaines situations. Enfin, en dépit du triangle amoureux qui se dessine peu à peu c’est surtout le contraste entre les personnalités des deux jeunes femmes qui retient l’attention.

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Un taxi pour le Tohoku (Maj)

Avant d’être révélée à un large public pour le rôle de Kanako dans Kawaki (The World of Kanako) de Tetsuya Nakashima, Nana Komatsu a fait ses premiers pas au cinéma dans Tadaima (ただいま), un petit film réalisé et produit en 2013 par Daisuke Shimada, réalisateur et fondateur de la société de production Qotori Films.


Script: Sumire, une adolescente qui semble un peu perdue, parvient à convaincre un chauffeur de taxi Tokyoïte de la conduire dans l’est du Tohoku, région durement touchée par le tsunami du 3 mars 2011 (plus de 18000 morts et disparus). Elle veut revoir la maison où elle a passé son enfance mais cette demeure, comme sa famille, a été emportée par les flots meurtriers. Sur les lieux du drame, une découverte et un dialogue émouvant entre une jeune fille affectée par le chagrin et un homme plus âgé, compatissant et bienveillant, qui tente de lui donner ce qu’elle n’a plus: l’espoir et l’envie de vivre ! 


Bande Annonce


Le court métrage, après avoir été présenté dans différents forums et festivals, entre autres le Tama Cinema Forum, a connu une deuxième vie avec une sortie en DVD le 31 octobre 2016. Un bon timing puisque de février à novembre, c’est dans pas moins de cinq longs métrages et un drama que les fans de l’actrice pouvaient la voir. Mode, publicité et cinéma, 2016 fut une année pleine.

Ce DVD est malheureusement quasi introuvable aujourd’hui, la société Qotori Films n’existe plus depuis décembre 2018, quand au metteur en scène Daisuke Shimada, il a carrément disparu des écrans radars, son compte Facebook est désormais fermé. A moins de tomber sur une copie dans un Book Off voire sur Yahoo Auctions Japan, il est devenu de fait un objet rare, pour les fans et les collectionneurs.

C’est d’ailleurs un assez beau produit au packaging original, style ‘gatefold’ avec papier déchiré et assemblage délibérément gauche et artisanal, tel un ‘objet trouvé’, en écho au film et aux thèmes du souvenir et de l’évocation du désastre. Outre le film dans son intégralité (26′), ce mini coffret offre un clip musical inédit du groupe Radwimps -avec Nana Komatsu– et un petit livret présentant quelques photos et les informations d’usage.


Tadaima est un joli court métrage, une oeuvre simple -le script suit le trajet linéaire du taxi de Tokyo au Tohoku- mais touchante. Quelques éléments d’humour viennent ça et là rehausser, par effet de contraste, la dimension tragique de l’ensemble. Nana Komatsu n’avait que 17 ans, à la fois spontanée et nuancée dans son jeu, elle montrait déjà certaines dispositions pour le grand écran, elle est fort bien secondée par Shohei Uno, le chauffeur, décontenancé puis ému par cette jeune fille, perdue et dévorée par le remords d’avoir survécu.


Galerie photos


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