Hier, c’était demain

Retour sur le film My Tomorrow Your Yesterday (ぼくは明日, 昨日のきみとデートする) avec un article original publié l’an dernier par mon confrère Hervé Lacrampe, webmestre du blog AAA: Asie, Architecture, Actualités, avec son aimable autorisation bien évidemment !


L’art du mélodrame réussi

Takatoshi étudie l’art et emprunte chaque jour le même train de banlieue entre son domicile et l’université.  Un matin il croise le regard de la jeune Emi et son coeur s’emballe. Subjugué par la jeune fille, il décide de la suivre et de l’aborder. A sa grande surprise la jeune fille ne le repousse pas et une histoire s’amorce. Ils se ressemblent, chacun ayant échappé à la mort dans leur enfance. Takatoshi, timide, apprend à connaître cette fille étonnante qui semble devancer ses souhaits, anticiper ses demandes tout en connaissant des crises de larmes aussi soudaines que violentes. Mais bientôt arrive le temps des révélations le jour où il ouvre par accident le journal d’Emi.

My Tomorrow tour yesterday se révèle une superbe surprise, adapté d’un roman à succès. Il faut d’abord insister sur le cadre de l’histoire : la ville de Kyoto. Cela faisait longtemps que l’on avait pas aussi bien mis en image cette ville duale, ville ancienne faite de petites échoppes, de rues anciennes, de temples et la ville contemporaine qui a poussé en face une fois traversée le pont. Il y a de nombreuses idées de mises en scènes jouant sur ces deux faces et sur le rôle du pont. Ceci sert un propos riche en métaphores et en symboliques. Avant même la révélation intervenant au milieu du film, le réalisateur distille des éléments qui préparent au retournement de situation en rendant plus évident tout le cadre. 

(ATTENTION SPOILERS) Il faut aussi insister sur l’intelligence du scénario. C’est un mélodrame qui s’appuie sur une dimension de science fiction. Il faut être attentif car la révélation (dans le style l’étrange histoire de Benjamin Button) fait basculer la comédie romantique dans le drame sentimental. C’est une histoire d’amour triste. Et une fois ce mystère résolu, un second souffle fait encore progresser l’intrigue. Et tout le montage astucieux alternant flashback, saut dans le temps, retour dans le présent détricote l’écheveau de mystères. Chaque détail placé dans l’intrigue vient s’imbriquer dans une histoire vraiment très belle, très simple, sans effets spectaculaires. 

Les acteurs portent littéralement sur leurs épaules cette fascinante histoire. Fukushi Sota est impeccable dans la peau de cet étudiant maladroit, timide s’ouvrant à un amour. Il met parfaitement en scène l’évolution de son caractère face à l’ampleur de la révélation : sidération, colère, passion, engagement. Le tout porté par son amour du dessin. Quant à Nana Komatsu, elle irradie littéralement la pellicule, à la fois fragile, sensible, douce, enjouée, triste, fataliste. Car son histoire est une vraie torture, une malédiction cruelle et presque perverse. Et elle joue avec un tel naturel qu’elle emporte tout sur son passage. 

My Tomorrow your yesterday a tout pour vous plaire. Une histoire très intelligente parfaitement mise en scène et construite. Un film à concept qui redonne ses lettres de noblesse au mélodrame.


Bande annonce – Sous titres (mandarin et anglais)


Samurai Marathon 1855

‘Les Bateaux Noirs sont là’, c’est ainsi que le seigneur Itakura (Hiroki Hasegawa) désigne -comme le faisaient alors ses contemporains- les navires américains de l’escadre du Commandeur Perry.

Milieu du 19ème siècle, les dernières années du Shogunat avant la Restauration Meiji, un Japon qui hésite entre nécessité d’une ouverture et crainte d’une invasion, c’est le cadre historique de Samurai Marathon 1855, film réalisé par le metteur en scène Britannique Bernard Rose et produit par un autre sujet de Sa Majesté, Jeremy Thomas, à qui l’on doit notamment la production du phénoménal ‘Le Dernier Empereur’.

Toutefois, c’est à partir d’un fait historique mineur que Rose construit sa fiction. C’est en effet en 1855 qu’eut lieu le premier marathon au Japon, une épreuve d’endurance organisée par le seigneur Itakura, du domaine d’Annaka, dans le but d’endurcir et d’aguerrir ses samourai. L’événement est toujours célébré de nos jours et a fait l’objet d’un roman historique (de Akihiro Dobashi) dont le metteur en scène s’est en bonne partie inspiré.

Parmi les compétiteurs se trouve un certain Jinnai Karasawa (Sato Takeru), espion à la solde du Shogun. Il croit déceler dans la mobilisation et les préparatifs un complot contre le pouvoir central et lorsqu’il comprend sa méprise, il est trop tard, son courrier est arrivé et une troupe d’assassins est déjà en route. Pour compliquer les choses, la Princesse Yuki Hime (Nana Komatsu), fille du seigneur Itakura, a disparu.

Lorsque le générique de fin arrive on a le sentiment d’avoir soi-même parcouru les magnifiques paysages du Japon et la qualité de la pellicule est telle qu’il en ressort une impression de plénitude et d’apaisement, gommant les péripéties parfois violentes et mouvementées d’une histoire tout à fait singulière. La photographie, les lumières parfois surréelles sont l’oeuvre de Takuro Ishizaka qui a su magnifier les somptueux décors naturels de la préfecture de Yamagata. La bande son, jamais intrusive mais toujours perceptible, est à la hauteur de l’ensemble, elle est signée Philip Glass.

Le film comprend en gros trois parties, la première met en place les personnages, pose le décor et un montage précis et dynamique permet au spectateur d’intégrer de nombreuses informations qui auront tout leur sens par la suite. La deuxième phase est la course elle-même, égrainée de multiples incidents, tantôt comiques tantôt tragiques: certains courent par devoir, d’autres pour la gloire, d’autres encore ont de sombres desseins. Parmi les coureurs, un guerrier a tout l’air d’être une jeune femme.

Vient ensuite le final, l’apothéose, avec des scènes de combat qui n’ont rien à envier aux meilleurs films du genre, si tant est qu’on puisse classer Samurai Marathon 1855 dans la catégorie film de sabre, Bernard Rose ayant réussi à jouer entre hommage et parodie pour produire une oeuvre personnelle et originale.

Enfin, un autre atout majeur du film est son casting prestigieux avec pas moins de huit têtes d’affiche (liste complète en fin d’article). Les seconds rôles, même les plus modestes, ont également été confiés à des acteurs et actrices renommé(e)s, on remarquera entre autres Junko Abe (Still the water), Taishi Nakagawa (Kids on the slope) ou encore Mugi Kadowaki, partenaire de Nana Komatsu dans Farewell Song/Sayonara Kuchibiru.

Aux côtés du ‘couple vedette’ Takeru Satoh/Nana Komatsu, chacun fait preuve de talent dans des scènes bien intégrées dans le tissu narratif, on retiendra tout particulièrement la performance de Mirai Moriyama, impressionnant de puissance et d’énergie. Takeru Satoh avait dans ses bagages l’expérience de trois volets de Rurouni Kenshin, autant dire que sabre au clair en pleine forêt il est comme un poisson dans l’eau, imposant sa gestuelle et ses mouvements vifs et légers, c’est un acteur félin et charismatique.

Nana Komatsu s’est vu confier un rôle délicat. Le personnage de Yuki Hime ajoute une note de modernité à la fiction. Loyale envers son père et son clan, elle n’en est pas moins rebelle, obstinée et indépendante. En plus d’avoir fière allure, en princesse ou en guerrière, la jeune actrice offre là une de ses plus belles prestations, aussi à l’aise avec un pinceau qu’avec un couteau, complexe dans les émotions, convaincante dans l’action.

Samourai Marathon est un beau film, aussi surprenant que divertissant: 4/5

Lire la suite: clips, galerie Yuki Hime, liens

B.A. pour Closed Ward

Deux bandes annonces désormais disponibles pour Closed Ward/Heisa Byoutou (閉鎖病棟), le prochain film de Hideyuki Hirayama, prévu dans les salles obscures japonaises pour le 1er novembre prochain. Il s’agit d’un teaser de 30s et d’un trailer de 1’30s. Chanson thème signée Kang Yoon-sung plus connu sous l’appelation “K“ !

En tête d’affiche Go Ayano, Tsurube Shofukutei et Nana Komatsu pour un ‘thriller social’ en milieu hospitalier. Site Officiel: 閉鎖病棟ーそれぞれの朝. Plus de détails sur le film dans cet article: Closed Ward en Novembre.


teaser

trailer


Closed Ward (2019)

Mode en bref


Clips et photoshoots pour Chic China, Bella Taiwan et Ginza Magazine (Japon). Les trois liens redirigent vers le blog N.K. International, en anglais.

Brèves de juillet

Non seulement la ‘saison’ des parutions de magazines de mode est terminée pour ne reprendre qu’à l’automne mais l’actrice est en tournage avec Masaki Suda pour Ito, le prochain opus de Takahisa Zeze. Il est donc fort probable que peu de nouvelles filtrent d’ici à la fin de l’été.

C’est l’occasion de revenir sur les événements de ces dernières semaines: présente à New York lors de la première américaine de Samurai Marathon pour y recevoir notamment un prix spécial (voir ici), Nana Komatsu a donné plusieurs interviews. Le film de Bernard Rose sortira d’ailleurs l’année prochaine aux USA. Retour également, et en images, sur Kuru (It comes), dorénavant disponible au Japon en DVD et Bluray. Enfin, le 25 octobre prochain, sortie en DVD et Bluray de Sayonara Kuchibiru.


Samurai Marathon


Dans la foulée de la première US, le film de Bernard Rose a eu droit à quelques critiques plutôt élogieuses (Asian Movie Pulse, Eastern Kicks, Cinema Show…) mais ce qui a surtout retenu l’attention, c’est l’annonce d’une sortie en salles pour l’Amérique du Nord en 2020. Difficile de savoir pour l’heure si le film restera cantonné aux réseaux de salles ‘ArtHouse’ qui diffuse des films étrangers sous-titrés ou s’il aura droit à une distribution plus large.

Toujours est-il qu’en date du 2 juillet Hollywood Reporter informait ses lecteurs que la société Well Go USA avait acheté les droits du film. Doris Pfardrescher, présidente de Well Go, s’est montrée partciulièrement enthousiaste, trouvant le film à la fois captivant et émouvant. A suivre …

Une partie de la presse japonaise, notamment Yahoo Japan, a couvert la soirée New Yorkaise du 28 juin et Nana Komatsu a aussi été interviewée par quelques webzines en langue anglaise. On retiendra que l’actrice souhaiterait à la fois poursuivre sa carrière cinématographique au Japon et travailler avec des metteurs en scène et acteurs étrangers.

Mentionnant au passage son goût pour les films français, elle se projetterait davantage sur des films du ‘quotidien’, véhiculant de ‘vraies émotions’. A l’heure où de plus en plus de critiques soulignent sa grande polyvalence, Nana Komatsu se plaît -à l’écran comme dans le monde de la mode- à être, dit-elle, un ‘caméléon’.

Interviews en anglais: Asian Movie Pulse Screen Anarchy

Interviews en japonais: Eiga.comRockin’ OnYahoo ! Japan


Kuru-It comes !


La sortie en Dvd/Bluray de Kuru a été l’occasion de savourer une fois encore l’inventivité de Nakashima, metteur en scène aussi original que passionnant. Même s’il n’est pas exclu que je porte un nouveau regard sur Kuru dans quelque temps, je n’enlèverais pour le moment pas grand chose à ce que j’ai pu écrire en décembre dernier: Etonnant Bogiwan.

Festin visuel, film d’horreur hors-normes avec plusieurs thématiques et niveaux d’interprétation, Kuru est un voyage mouvementé vers l’angoisse puis la noirceur des êtres, avec pour destination finale un invraisemblable chaos gore et parodique. Les actrices sont particulièrement brillantes: Takako Matsu austère et glaçante, Haru Kuroki vulnérable et subtile, enfin Nana Komatsu campe un personnage au look et à la personnalité surprenant(e)s.


Makoto vs Nozaki


Le rôle de Makoto monte en puissance dans la deuxième partie du film. Confrontations avec la ‘chose’, conflit avec Nozaki, son boy friend (Junichi Okada), Nana Komatsu montre une fois encore qu’elle peut tout à fait s’exprimer avec puissance, sur un mode explosif voire agressif.

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