Kanako chez Spectrum Films

BLURAY le 22 Juillet 2020


The World of Kanako est le reflet maléfique de Memories of Matsuko


Spectrum Films, une société de production française, s’était déjà distinguée à l’automne 2018 en proposant en Bluray le monumental ‘Memories of Matsuko‘ de Tetsuya Nakashima. Spectrum récidive avec la sortie cet été de The World of Kanako, 7ème opus du maître, en Bluray également, pour 25€ et de nombreux bonus (voir plus bas).

Kanako est son oeuvre la plus sombre et le nihilisme profond du film peut choquer ou enthousiasmer mais ne laisse pas indifférent. Un casting de rêve avec le légendaire Koji Yakusho mais aussi Miki Nakatani, Fumi Nikaido, Joe Odagiri, Satoshi Tsumabuki, Ai Hashimoto, Jun Kunimura et une parfaite débutante à l’époque, Nana Komatsu, qui a fait depuis la carrière que l’on sait.


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Kanako, le venin

Dans toutes les religions, le diable, le démon, les diverses incarnations ou représentations du Mal, ont tous quelque chose en commun: la conscience du mal qu’ils font. Ce n’est pas le cas de Kanako, une adolescente dénuée de tout sens moral, de remords, sans aucune notion du bien et du mal.

Policier déchu, mari violent et alcoolique, Showa Fujishima (l’excellent Koji Yakusho) part à la recherche de sa fille, à la demande de son ex-femme. Kanako a disparu et la quête du père dans des milieux interlopes devient une descente aux enfers. En découvrant peu à peu le monstre qu’est sa fille, il sera révélé à lui-même. Non seulement ils sont du même sang mais c’est un événement bien précis qui a ôté à Alice/Kanako son innocence et l’a précipitée dans un puits sans fond.

Kanako n’est en fait qu’une représentation, un condensé des pires tares adolescentes. Le mal qu’elle génére, les souffrances qu’elle inflige aux autres ou plutôt qu’elle fait infliger aux autres, en parfaite manipulatrice, tout cela elle le fait simplement parce qu’elle peut le faire et parce que c’est ‘fun’, rien d’autre ! Comme le lui dit une enseignante, elle n’est qu’une ‘coquille vide’ qui ressemble étrangement à ceux et celles de la rubrique faits divers.

Si l’on met bout à bout la somme mensuelle de ces faits divers qui égaient les journaux, les pays soit-disant développés et civilisés sont des fabriques constantes de l’immonde : meurtres gratuits pour une cigarette refusée ou un regard, SDFs tabassés voire brûlés vifs, copines entraînant leur ‘meilleure amie’ (sic) dans une cave pour que des salopards la violent, tortures d’animaux, le tout filmé et posté sur Internet, c’est ‘fun’…

La réalité est en fait bien pire que la fiction, même passée au moule nihiliste de Tetsuya Nakashima. Dans sa fable noire et pessimiste, il n’épargne guère les adultes, suggérant ainsi que si des jeunes gens sont ce qu’ils sont et font ce qu’ils font, c’est qu’ils ont été à ‘bonne école’.

Au bout du compte, autant partir du fait que le monde dans lequel nous vivons est bien celui de Kanako, en l’acceptant on sait à quoi s’attendre et au final, on ne peut avoir que de bonnes surprises.

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De l’autre côté du miroir…

Critique de « The world of Kanako » de Tetsuya Nakashima. 

Voici un article publié par un ‘confrère’, posté sur cette page avec l’aimable autorisation de l’auteur: Hervé Lacrampe, webmestre du blog AAA: Asie, Architecture, Actualités.


Testsuya Nakashima aime réaliser des films qui ne ressemblent à aucun genre connu. Ses précédents films, Souvenirs de Matsuko, Confessions empruntaient des voies diverses pour nous offrir des intrigues noires, pessimistes presque nihilistes le tout filmé dans une hystérie de couleur, un dynamisme dingue et un montage hallucinant voire halluciné.

Depuis le succès monstre de Confessions (voir ici la critique) chaque nouveau film est attendu, scruté. The World of kanako sorti en 2014 ne déroge pas à la règle : thriller hors normes, film total sur fond de réécriture du conte d’Alice au pays des merveilles.

Akikasu Fujishima  fut policier, marié et avait une fille magnifique nommée Kanako. Mais à cause de son alcoolisme il finit par perdre son métier, puis sa femme. Reconverti en détective, il est contacté par son ex-compagne. Leur fille vient de disparaître. Devant la lenteur de la police et l’insistance de son épouse, Akikasu se lance dans l’enquête et va découvrir l’univers sombre de sa fille, une adolescente bien sous tout rapport, adorée et enviée mais qui cache de lourds secrets.

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A cause de Kanako…

Kanako

A l’automne 2014, j’attendais avec impatience le dernier opus du réalisateur japonais Tetsuya Nakashima: 乾き/The world of Kanako. Nakashima m’avait enthousiasmé avec des oeuvres sidérantes telles que Memories of Matsuko ou Confessions, et avec le casting annoncé (Koji Yakusho, Miki Nakatani, Joe Odagiri…) je me disais que le film s’annonçait prometteur.

Je suis sorti éreinté de la séance, un tourbillon, des phases d’accélération qui laissent à peine le temps de digérer l’information, un déluge graphique et une descente infernale dans les recoins les plus sombres de l’âme humaine. Pour avoir vu le film quatre fois, je suis formel, c’est l’oeuvre cinématographique la plus misanthrope qu’il m’ait été donné de voir. Et il y avait Kanako…

Une certaine Nana Komatsu? Quoi? Comme le personnage de manga? Une recherche rapide me permettait alors d’apprendre qu’elle était une jeune mannequin et que c’était là son premier rôle dans un long métrage. Et quelle performance! Je me demandais comment une jeune fille de 18 ans avait pu interpréter un personnage aussi monstrueux et dénué de toute conscience, compassion et humanité avec une telle aisance.

Les critiques furent tout autant surpris que moi et la jeune débutante se trouva élevée au rang de prodige avec en prime un Japanese Academy Award l’année suivante. Lire la suite « A cause de Kanako… »