Jazz, en pente douce…

Kids on the slope, un film de Takahiro Miki (mars 2018)
Kids on the slope - Poster

1966, Sasebo, préfecture de Nagasaki. A Tokyo, les étudiants commencent à se mobiliser contre la guerre au Vietnam, contre la présence U.S. et pour un monde nouveau. Sasebo est plus paisible mais les bars de la ville sont fréquentés par les marins américains de passage, on y écoute du jazz…

Kaoru Nishimi (Yuri Chinen) fait partie de cette génération de lycéens qui n’a pas connu la guerre car née après elle. Récemment transféré, c’est un jeune homme brillant mais solitaire, promis à des études de médecine, et un excellent pianiste de formation classique.

Sasebo, comme Nagasaki, est une ville à étages: l’accès à la mer, le port et des commerces dans une cuvette et le reste de la ville à flanc de colline. La pente escarpée qui mène au lycée Higashi est sans doute une métaphore, celle de l’effort que Kaoru va devoir accomplir pour devenir adulte. Deux rencontres vont considérablement bouleverser son existence.

Il fait la connaissance de deux élèves singuliers: Sentaro Kawabuchi (Taishi Nakagawa), un grand gaillard aux cheveux roux et au teint clair qui traîne une solide réputation de redoutable bagarreur et Ritsuko Mukae (Nana Komatsu), une douce jeune fille, amie d’enfance de Sentaro.

Les deux jeunes gens appartiennent à la petite communauté chrétienne de Sasebo, ce sont des amoureux du jazz, musique qu’ils savourent dans la cave spécialement aménagée par le père de Ritsuko, sous son magasin de disques, Mukae Records

Takahiro Miki est un orfèvre qui élève la bleuette au rang de drame, amoureux de ses personnages et de ses acteurs, le metteur en scène sait émouvoir sans sombrer dans la niaiserie, offrant à chaque fois un script et une histoire solides et crédibles, des tons pastels et chauds, une caméra habile et sa petite note personnelle.

Sans doute un tel film touche-t-il davantage un public plus âgé de japonais(es) ayant connu cette époque et ces lieux, il n’en demeure pas moins que l’histoire est assez universelle. Qui, étant lycéen, n’a pas eu de copain grand frère, si différent et tellement fascinant, qui vous initie, vous fait découvrir quelque chose de nouveau, d’inédit qui vous transforme? Quel garçon n’a pas ardemment désiré une jolie camarade de classe tout en se sentant gêné, obligé parce que celle-ci est proche du grand frère en question?

Kids on the slope est le récit d’une amitié, en triangle. Kaoru est l’adolescent privé de père, prisonnier des exigences d’une famille austère qui l’héberge provisoirement, si solitaire qu’il se croit condamné à cette solitude et se pense unique en son infortune.

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